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L'enseignement supérieur face au défi du fundraising

Interviews, témoignages & portraits

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08/07/2016

 

Tribune de Peter Todd, Directeur général de HEC Paris




Depuis mon arrivée à la direction d'HEC Paris, j’ai souvent été sollicité par la presse pour témoigner de mon expérience en matière de fundraising. C'est pourquoi il me semble intéressant de partager ici, avec le plus grand nombre, quelques réflexions sur la manière dont s'organise le fundraising en Amérique du Nord, les best-practices qui lui sont associées, et dans quelle mesure celles-ci pourraient être appliquées en Europe.

 


Au cours des vingt dernières années, j’ai pris une part active dans différentes opérations de levée de fonds au Canada et aux Etats-Unis. Au cours de mon mandat de Doyen à la Desautels Faculty of Management de McGill, j’ai participé avec mes équipes à une campagne de levée de fonds d’un milliard de dollars canadiens pour le compte de l’université. J’ai également eu l’honneur d’être impliqué à McGill et au Texas dans deux Naming Gifts  : 32 millions pour la Desautels Faculty of Management et 40 millions pour le Bauer College of Business de l’université de Houston.
 

En Amérique du Nord, le fundraising est au cœur de la stratégie de développement des universités

Je voudrais partager un certain nombre de réflexions tirées de cette expérience. Je commencerai par une évidence, l’Amérique du Nord - et les Etats-Unis en particulier – est perçue, très probablement à juste titre, comme LA référence en matière de levée de fonds.
Pourquoi ? Le fundraising y est au cœur de la stratégie de développement des universités et il s’y envisage sur le long terme. De fait, convaincre un donateur prend du temps, beaucoup de temps, et s’appuie sur la mobilisation continue de l’ensemble des acteurs d’une institution, qu’elle soit publique ou privée. Mais en travaillant à construire et surtout à pérenniser les liens avec des donateurs existants et potentiels, le temps devient un allié, non plus un frein.

De l’autre côté de l’Atlantique, les premiers donateurs sont en grande majorité des anciens diplômés, ceux qui ont tissé un lien fort et un attachement durable avec leur université. De ce côté-ci de l’Atlantique, en France notamment, les dons aux business schools sont versés quasiment à égalité par des entreprises et par des alumni. Cette différence s’explique par la relative nouveauté du phénomène de fundraising pour le secteur de l’éducation. À HEC, le travail de la Fondation démarre dès le début des années 70's. Mais le fundraising est un phénomène généralement plus récent par ailleurs. Embryonnaire dans les universités, il s'est organisé progressivement dans les Grandes Ecoles, où les fondations ont pour la plupart commencé une activité de collecte depuis le début des années 2000. 

Le défi auquel doit faire face l’enseignement supérieur européen, est un défi d’approche.

Le défi auquel doit faire face l’enseignement supérieur européen, est donc, je crois, un défi d’approche. Il faut s'inspirer du mode de collecte pratiqué outre-Atlantique tout en respectant et en renforçant aussi nos singularités. Ainsi me paraît-il important de continuer à ouvrir et amplifier les liens avec les entreprises, mais en développant de façon encore plus poussée les campagnes de terrain auprès des alumni.

Pour lever des fonds avec succès, il faut s’interroger avec rigueur sur la manière dont se mobilisent les diplômés, sur ce qui fonde leur motivation à faire un don. Parmi nos alumni HEC, certains donnent avec le cœur et d’autres avec la tête, mais de plus en plus donnent avec les deux : ils veulent donner du sens à leur générosité et pouvoir anticiper l’impact positif de leur don sur le développement de l’école.
Dans le cas des business schools, j’ai le sentiment que les donateurs s’investissent dans le développement concret de l’institution. Ils soutiennent principalement les projets liés à l’innovation pédagogique, ceux qui font avancer l’école, mais aussi ceux liés au développement des infrastructures, au recrutement des professeurs chercheurs, aux bourses d’études et à l’égalité des chances, dont l'impact est directement mesurable.

Les Nord-Américains ont très bien compris que l’attachement des alumni envers leur université peut se traduire en ressources financières. Cet attachement existe également en Europe, et d’après ma courte expérience, j’ai le sentiment qu’il est particulièrement fort dans les Grandes Ecoles françaises. Les diplômés – fiers de leur école- y ont un sens très poussé de la communauté, nourri par leurs expériences vécues sur le campus auprès de leurs pairs. Cette mémoire vive est une force, c’est le levier à partir duquel un don se concrétise en un investissement pour l’avenir. Respecter, comprendre et cultiver cet attachement est donc incontournable dans une stratégie de levée de fonds.

Dans le contexte très internationalisé qui est le nôtre, je pense qu’il faut oser dépasser les frontières françaises ou européennes pour aller à la rencontre des alumni qui, de plus en plus, s’expatrient et mènent des carrières internationales. McGill a cherché des fonds au Canada mais aussi en dehors de ses frontières car ses diplômés sont très souvent basés aux quatre coins du monde. C’est également le cas pour HEC et ses alumni présents dans 140 pays, et représentés par 78 chapters à l’international. Cette présence mondiale est une force sur laquelle nous nous appuyons pour relever le défi de la collecte de fonds sur les cinq continents.

Les entrepreneurs d’aujourd’hui seront les grands donateurs de demain

Les Américains prennent soin de leurs start-ups car elles deviennent une source de dons de plus en plus importante. En 2008 l’entrepreneur David Booth, un ancien de l’University of Chicago Graduate School of Business, donne $300 millions à sonalma mater. Les entrepreneurs d’aujourd’hui seront les grands donateurs de demain, et la tendance se confirme en Europe, où on a déjà pu observer quelques dons très importants en faveur d’université ou de business schools.  

Enfin, il est primordial de mener une campagne participative, où toutes les parties prenantes sont impliquées et concernées. Il n’y a pas de petit don. Même les dons les plus modestes sont précieux, dans le sens où ils contribuent à mener à bien notre mission et témoignent d'une adhésion et d’un soutien à nos ambitions. Le classgiftHEC, événement annuel où les diplômés de l’année font un don dès la sortie de l’école, est un exemple concret de cet engagement. 

La leçon de cela est claire pour moi : n'ayons pas peur de nous inspirer des méthodes qui marchent, mais sachons les adapter pour qu'elles s'alignent sur nos singularités. Dans les prochains mois, HEC et la Fondation HEC vont lancer une deuxième campagne de levée de fonds. La première a été une référence en France. La seconde doit nous permettre de consolider nos ressources et de poursuivre le développement des projets forts et innovants qui, demain, nous positionneront à rang égal avec les meilleures business schools américaines.
L’excellence : c'est toute l'ambition qui m'enthousiasme et anime l'ensemble des équipes d'HEC Paris et de sa Fondation !


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