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Interview de Stéphanie Le Poupon Responsable des affaires juridiques au sein de la Communauté d’Agglomération Lannion-Trégor, diplômée UVSQ 2007

  • 5 nov. 2018
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  • Catégorie : Interviews, témoignages & portraits
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  • Auteur : Camille PARIS
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Interview de Stéphanie Le Poupon Responsable des affaires juridiques au sein de la Communauté d’Agglomération Lannion-Trégor, diplômée UVSQ  2007

Juriste convaincue et accomplie, Stéphanie Le Poupon a effectué toutes ses études à l’UVSQ à la faculté de droit et sciences politiques, obtenant en 2007 le Master 2 Droit des contentieux publics. Quelques expériences professionnelles plus tard, Stéphanie occupe aujourd’hui le poste de Responsable des affaires juridiques au sein de la Communauté d’Agglomération Lannion-Trégor*.


Vous travaillez pour un service public, Lannion-Trégor Communauté. Qui sont vos interlocuteurs privilégiés ? 
Issue de la fusion de communautés de communes et de regroupements des intercommunalités orchestrés par le Préfet de la Région, la Communauté d’agglomération représente aujourd’hui 120 000 habitants vivant dans 60 communes. Le besoin se faisant sentir de sécuriser les procédures, le poste de Responsable des affaires juridiques a été créé, poste que j’occupe depuis septembre 2017. Je suis donc la seule référence juridique pour l’ensemble des services de l’agglomération qui font appel à moi dans tous leurs domaines de compétence. Je n’ai pas de contacts directs avec les usagers, excepté, parfois, par le biais d’associations. Mes interlocuteurs sont donc principalement les autres directions de « l’agglo », les élus, les services de l’Etat (préfectures, sous-préfectures), ainsi que les cabinets d’avocats avec lesquels je collabore.


Régler des contentieux, est-ce là votre principale activité ?
Loin de là. Mon poste possède plusieurs aspects et aborde une variété de domaines.

  • J’ai d’abord un rôle de conseil : sollicitée en amont des projets, je réfléchis avec les services au montage juridique le plus opportun tout en évaluant les risques juridiques qu’ils comportent. La décision finale appartient aux élus.
  • L’activité des contentieux vient ensuite. La plupart sont dans le secteur de l’urbanisme car nous nous trouvons sur un littoral très étendu : dès qu’il y a un projet urbanistique, il y a un contentieux car nous avons affaire à beaucoup d’associations qui œuvrent en faveur de la défense de l’environnement. 
  • Le volet « formation » est un autre aspect de mon poste dans le sens où je rédige régulièrement des notes « pédagogiques » pour mes collègues et que je les forme à la rédaction de certains actes juridiques.


Qu'est-ce qui vous apporte le plus de satisfaction dans votre poste actuel ?
Je l’adore ! J’estime avoir beaucoup de chance car c’est le type même de poste que je rêvais d’occuper… D’abord, que ce soit dans le privé ou dans le public, la création d’un poste est toujours passionnante car il y a tout à faire ! Ce n’est pas uniquement du « juridique » : Il faut savoir prouver aux collègues qui ont pris l’habitude de faire sans, du bien fondé de l’intervention du juriste dans le processus décisionnel. Ensuite, travailler dans une intercommunalité permet de couvrir une grande variété de domaines car elle bénéficie du transfert de nombre de compétences comme par exemple la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, des problématiques qui m’intéressent vraiment. Enfin, ayant des origines bretonnes et de la famille en Bretagne, je ne pouvais pas rêver mieux que de m’en rapprocher…


Quelles en sont les principales difficultés ?
Le juriste est souvent perçu comme la personne qui dit toujours « non », une machine à bloquer les projets. Face aux réticences, je dois donc constamment faire preuve de pédagogie. Je me fais « l’avocat du diable » pour que mes collègues révisent leur jugement au regard de la réglementation et se disent eux mêmes : « nous n’étions pas tous les clous ». Parfois, je n’ai pas de solutions à proposer et je dois aussi savoir l’expliquer, que je m’adresse à mes collègues ou aux élus. Humainement c’est très compliqué de faire comprendre à quelqu’un qui porte un projet que le risque juridique est trop important. Mais je trouve aussi cet aspect là passionnant ! 


Votre Master 2 Droit des contentieux publics obtenu à l’UVSQ est-il en prise directe avec votre activité professionnelle aujourd’hui ?
Oui, je m’en sers tous les jours. En abordant tous les types de contentieux publics, ce M2 permet d’acquérir des réflexes, les types de raisonnement à adopter dans un secteur qui évolue en permanence. Si la formation avait été appliquée à un domaine plus restreint, mon métier aurait été plus compliqué à exercer. Je tiens à dire d’ailleurs que je garde un excellent souvenir de mes études à l’UVSQ : la fac de droit de Saint-Quentin est à taille humaine, les enseignants sont toujours disponibles et abordables, y compris pour les premières années, ce qui n’est pas le cas dans toutes les universités. 


Justement, le droit évolue tellement vite que vous devez vous former en permanence… Retournez vous à l’université ?
En effet, il faut se former en permanence, y compris dans les domaines d’application du droit comme celui de l’environnement. Il faut souvent comprendre les aspects techniques d’un dossier (par exemple le fonctionnement d’une digue et les problématiques de l’assainissement) pour proposer ensuite une analyse juridique adéquate. Je m’appuie sur le réseau des juristes territoriaux de l’Ouest (RJTO) qui nous permet d’échanger sur des problématiques communes, en partenariat avec l’université de Rennes. J’ai aussi la chance d’avoir un employeur qui me permette de me former régulièrement, ce qui représente pour lui un investissement. Récemment je me suis formée aux montages contractuels complexes qui comportent de forts enjeux financiers auxquels les juristes ne sont que trop rarement sensibilisés. Ce stage passionnant  m’a permis d’acquérir les automatismes nécessaires à l’interprétation des documents que l’on nous transmet. Bientôt, j’aborderai un domaine très différent, celui du droit du travail car au sein de l’ « agglo » nous gérons des personnes qui travaillent dans des structures juridiques diverses. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune diplômé qui souhaite s’engager dans la même voie que vous ?
En premier lieu de s’accrocher : les premières années de droit sont assez abstraites, or, plus on progresse dans le cursus, plus on voit les applications concrètes de ce que l’on a appris les années précédentes. Par exemple, on retrouve dans une décision ou un arrêt les grands principes étudiés en première année de droit. Ensuite, je conseille vivement d’effectuer des stages très tôt dans son parcours, bien avant le Master si possible, de manière à observer les activités exercées par les juristes. Elles peuvent s’avérer très différentes d’une structure à l’autre : un avocat et un juriste territorial ne voient pas les choses de la même manière. Notre métier est tellement varié ! 


*La communauté d'agglomération est un établissement public de coopération intercommunale (EPCI).  Elle rassemble depuis le 1er janvier 2017, 60 communes pour 118 000 habitants. Ses domaines de compétences sont le développement économique, numérique (très haut débit) et touristique, l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation, l’aménagement et l'accessibilité du territoire, les transports, les Maisons de services au public (MSAP), l’équilibre social de l’habitat, la politique de la ville dans la communauté, la voirie et parcs de stationnement d’intérêt communautaire, la protection et mise en valeur de l’environnement et du cadre de vie, la gestion des ordures ménagères et le tri sélectif, l’eau et l'assainissement (collectif et non collectif), les équipements sportifs et culturels d’intérêt communautaire, l'enseignement musical, la petite enfance (RPAM), l’enfance jeunesse (pôles basés à Plouaret, Cavan, Tréguier et Pleudaniel), l’action sociale en matière d’hébergement pour personnes âgées (EHPAD), le portage de repas à domicile (pôles de Cavan et Pleudaniel) et l'animation d'un GCSMS-Lannion-Tregor Communauté, la coopération décentralisée avec Haïti, le Mali, Madagascar et le Niger. 


Auteur :
Camille PARIS

Diplômé
  • droit
  • diplômé

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