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Interview de Brigitte Feuillebois, infirmière et sociologue, au cœur de la transformation du système de santé

Interviews, témoignages & portraits

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16/01/2019

Brigitte Feuillebois vient d’obtenir son diplôme de Master 2 Travail-Expertises-Organisations / Conduite du changement (UVSQ). Pour cette infirmière à l’origine, il s’agit d’un jalon supplémentaire dans un parcours atypique qui vient de la mener au Ministère de la santé et des solidarités. Interview. 


Que fait une infirmière diplômée en 1993 d’un diplôme de M2 de sociologie en 2018 ?
Il fait écho à l’intuition que j’ai eu dès mon entrée dans la profession infirmière et qui depuis a guidé tout mon parcours professionnel, à savoir l’insuffisance de représentativité de cette profession à un niveau politique. Les professions paramédicales ont une image assez dégradée qui est en train de changer, mais ce changement passe encore par les médecins : il n’y a toujours pas d’émancipation identitaire autonome des infirmières. Or, pour devenir les alliées des médecins et pouvoir parler d’une même voix, elles doivent être formées au même endroit qu’eux, même si les professions sont différentes. C’est cette évolution sociologique qui m’intéresse et que j’ai étudié dans mon master 2 à l’UVSQ.


Effectivement, les médecins sont diplômés de l’Université depuis longtemps, quid des professions paramédicales aujourd’hui ?
La France a introduit l’Université dans la réingénierie du programme de formation infirmière en 2009 alors que d’autres pays, notamment européens, l’avait fait depuis longtemps. Les infirmières étaient donc formées dans des écoles sans lien avec les universités, leur parole était portée uniquement par les médecins, au regard d’un monopole lié à la prédominance du savoir scientifique et médical acquis à l’université. Aujourd’hui tout est à construire en France : il est très important pour ces professions paramédicales d’avoir un corps enseignant et des disciplines spécifiques universitaires.


D’où votre propre volonté d’obtenir un diplôme universitaire ?
L’Université symbolise le portage de la connaissance dans notre société. D’abord, elle constitue un enjeu majeur de mon parcours professionnel, d’où effectivement ma reprise d’études. Mon objectif était d’obtenir une formation diplômante qui me permette de poursuivre en doctorat. Je dois maintenant convaincre mon employeur actuel d’avoir une chercheuse au sein de son équipe : on ne peut pas raisonner sur des enjeux futurs sans questionner le présent. Et puis, j’aime aller en cours à la fac ! L’université est un laboratoire de réflexion qu’on ne trouve pas ailleurs et qui permet d’ouvrir son champ intellectuel.


Quel est votre poste actuel ?
Depuis cet été, je suis conseillère experte pour les professions paramédicales à la direction générale de l’offre de soins du Ministère de la Santé et des solidarités. Cette direction a vocation à accompagner tous les professionnels qu’ils soient médicaux ou non, à l’hôpital ou en ambulatoire, ainsi que tous les établissements « offreurs de soins ». Elle traite donc toute la commande réglementaire au regard de la promulgation des lois et des annonces du Président de la République et des ministres. Au sein d’une équipe d’une dizaine de personnes (aux périmètres définis par des professions dédiées), j’apporte mon expertise pour toutes les professions non médicales mais aussi un regard sur toutes les pratiques professionnelles que mes collègues ne maitrisent pas, ayant des profils plutôt juridiques.


Vous êtes donc à l’origine infirmière, quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai saisi les opportunités qui s’offraient à moi. Après avoir exercé 10 ans dans plusieurs services d’urgence à l’hôpital, je suis devenue « cadre de santé faisant fonction » pendant 3 ans. J’ai ensuite suivi une formation à l’école des cadres de l’Institut Sainte Anne en parallèle d’un master 1 de gestion de service de soins. C’est à ce moment-là que j’ai été sensibilisée à la sociologie des organisations, rédigeant un mémoire sur l’autonomie professionnelle. Diplômée en 2007, j’ai d’abord été cadre pendant 5 ans dans une maison de retraite puis formatrice à mon tour. J’ai demandé une disponibilité pour devenir cadre expert dans le privé dans l’accompagnement gérontologique. Cette expérience m’a permis de collaborer en 2013 à la conception d’un DU à l’Université Paris Descartes destiné aux infirmières qui veulent devenir encadrantes de proximité dans les maisons de retraite privées. Aujourd’hui, j’en assume la responsabilité complète, coordonnant le programme pédagogique, le recrutement, la direction des mémoires… Enfin, j’ai réintégré le service public de l’APHP, puis l’ARS (Agence Régionale de Santé) avant d’être recrutée au Ministère.


Quels sont les aspects de votre poste que vous appréciez le plus ? 
Après quelques appréhensions rapidement levées, je me sens vraiment à ma place au Ministère. Je suis au cœur des réflexions sur l’organisation générale du système de santé, les professions, les leviers de la professionnalisation. L’idée est de faire reconnaitre une vision intégrée du système de santé pour que tous ses acteurs collaborent à son évolution et à la pertinence de l’offre de soins apportée à nos concitoyens.


Quels conseils donneriez-vous aux futurs jeunes diplômés ?
Ma socialisation s’étant faite sur le format de l’alternance (moitié école moitié hôpital), je les encourage vivement à l’adopter : c’est une chance unique à saisir pour construire sa propre identité professionnelle et discerner quels sont les enjeux majeurs du monde du travail aujourd’hui, quel que soit le secteur d’activité.

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